Devrions-nous renoncer à notre intérêt individuel au profit de l'intérêt général ?
Professeure agrégée de Philosophie, Manon Paistel a suivi un double cursus de Philosophie et de Psychologie, deux disciplines qu’elle croise dans ses diverses réflexions. Elle enseigne également un cours d’éthique au sein de l’institut de gestion de Rennes 1.
Comment pourrais-je vivre heureux dans un monde qui va mal ? Face à la menace écologique, les crises économiques, sanitaires, les incertitudes politiques, l’angoisse nous incite à nous retrancher dans notre « petite société » décrite par Tocqueville, constituée de nos proches et de notre famille, laissant ainsi la grande société à elle-même. Le détachement parait en effet salvateur. Loin des problèmes du monde nous construisons notre vie insulaire emplie de plaisirs et d’instants d’insouciances. Cependant, ce bonheur peut-il véritablement être plein lorsque nous sommes entourés de personnes qui souffrent, lorsque notre environnement est en danger et le futur de l’humanité incertain ? Cette interrogation porte en elle un paradoxe : comment mon bonheur pourrait-il passer par la subordination de mon intérêt individuel au profit de l’intérêt général ? La question se pose donc : quels arguments pourraient être assez forts pour justifier d’abandonner mon désir au profit d’un hypothétique bonheur pour le plus grand monde ? Sans moralisme, ni nihilisme désabusé, nous tâcherons, à l’aide de grands penseurs, d’éclairer le difficile problème éthique de l’intérêt général.